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DANSE — Ce que CRIA donne à voir sur scène est le produit d'une recherche sur la sexualité, la famille, la parentalité, l'amitié et la communauté. D'innombrables formes de danse transitent à travers les corps polyvalents des membres de Suave: passinho, break dance, la toute récente dancinha, voguing, samba... se suivent et se côtoient dans une puissante mosaïque formelle.

Le verbe portugais « criar », signifie certes «créer» mais aussi « élever », comme dans « criar os filhos » (élever ses enfants). Alice venant alors d'accoucher, c'est tout naturellement que le nom de « Cria » s'est imposé. « Cria » ne renvoie pas seulement à l'objet, à l'être vivant, c'est-à-dire à ce qui est crée ou élevé, mais aussi à l'acte créatif que quelqu'un accomplit.

Le processus créatif de chacune des danses est comme disséqué dans sa structure pour être recomposé et remis à dix, grâce aux enfants, adolescents, adultes, hommes et femmes, bi- et transsexuels qui forment la compagnie Suave. Les danseurs, bien que tous noirs, sont la diversité même, comme l'est l'intrication d'aptitudes et de récits qui sous-tend leurs performances, et comme l'est le creuset unique de Rio, où seuls peuvent venir se fondre tant de physicalités toniques et un si riche éventail d'inventivité chorégraphique. 
En portant sur scène ces solos virtuoses et hyper-techniques, qu'elle a d'abord soustrait de leur terreau informel, Alice parvient à déjouer nos attentes concernant l'insertion - ou la subordination - du vocabulaire de la danse urbaine dans les codes de la danse contemporaines.

Les images suscitées par CRIA bousculent nos idées reçues sur la danse contemporaine et sa présentation scénique. On accuse parfois difficilement le ou les coup(s), mais leur vertu consiste précisément, a posteriori, dans leur puissance de bouleversement qui cette fois nous accuse. Sous réserve, toutefois, de réprimer la tentation d'applaudir ) tout rompre après chaque numéro, en dépit de la stupéfiante virtuosité de celles et ceux qui les réalisent.


Lisez le texte de Nayse Lopez pour Kunstenfestivaldesarts 2019 ici

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CREDITS

Création: Alice Ripoll
Performers: Tiobil Dançarino Brabo, Kinho JP, VN Dançarino Brabo, Nyandra Fernandes, May Eassy, Romulo Galvão, Sanderson BDD, Thamires Candida, GB Dançarino Brabo, Ronald Sheick
Assistant et son: Alan Ferreira
Conception lumières: Andréa Capella
Costumes: Raquel Theo
Composition: DJ Pop Andrade
Design: Caick Carvalho
Production: Rafael Fernandes
Merci à: Centro Coreográfico da Cidade do Rio de Janeiro, Casa do Jongo, Rafael Machado Fisioterapia.