© Hesem Rahmanian, The Pets We Love, 2018. Courtesy of the artist and Gallery Isabelle van den Eynde.© Orpheas Emirzas© Orpheas Emirzas© Orpheas Emirzas

DANSE/PERFORMANCE/INSTALLATION — « C’est une chose d’être désigné Danseur de l’année, c’en est une autre d’en faire quelque chose. »

Dans le solo de danse Dancer of the Year, nous voyons Trajal Harrell répéter des gestes (comme pour les emmagasiner dans son corps) ; revisiter le matériel et les stratégies chorégraphiques de travaux plus anciens ; et enfin, traverser et stratifier des emotions. Dans un cadre intimiste, il met son travail en partage, offre sa danse, comme s'il nous en faisait cadeau. 

Harrell a créé cette pièce après que lui eût été décerné le titre de danseur de l'année 2018 par le magazine Tanz. Cette consécration a généré une série de questions sur son statut et son identité de danseur. Quel est le cours d'un tel titre ? Quelle est la valeur de la danse, de la pratique de la danse et du savoir qu'elle délivre ? De quoi procède-t-elle ? Comment la danse/le corps métabolise son histoire, et comment celle-ci se transmet-elle pour l'avenir ? Harrell réinvestit son propre héritage en tant que chorégraphe/danseur, de même qu'il interroge et réinvente ssa filiation artistique ainsi que les stratégies qu'il a élaborées au fil des ans pour (re-)présenter et présentifier l'auto/identité. 

L'histoire spéculative de Harrell permet à d'autres corps, identités et voix d'intégrer - et de désintégrer - le narratif conventionnel. Ses opérations révèlent des connexions cachées ou sous-théorisées, transversales aux époques historiques, aux distances géographiques et aux différences culturelles ; et créent des agencements excentriques faisant droit à des histoires de la danse alternatives. Dans son travail au cours, Harrell poursuit sur sa lancée, mais introduit Tatsumi Hijikata et des éléments et des stratégies inspirés par le butô dans son bagage. (...) Ses recherches ont soulevé des questions sur la politique de l'identité performative dans son rapport à « l'autre », sur l'orientalisme et l'appropriation culturelle dans la première danse moderne, ainsi que le lien historique entre la danse, l'exotisme, l'érotisme et la prostitution, pour n'en nommer quelques-uns.

La panoplie de figures, de composants et d'idées prolifère, aboutissant à une trame très dense impossible à filer en un récit linéaire. Chaque pièce se présente comme un origami - feuilleté et fléché par une multitude de plis, de pliures, de traits, érigeant - et exigeant en retour - une pluralité de perspectives, de formats et d'approches. Chaque performance ne constitue qu'une étape dans une constallation d'oeuvres en perpétuelle expansion. Au fil du temps, le project assimile un matériel croissant à l'état d'archive, construisant sa propre histoire et sa propre généalogie. 

Lisez ici le texte de Sara Jansen pour Kunstenfestivaldesarts 2019

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DANCER OF THE YEAR SHOP


Dancer of the Year Shop, en apparence, exécute et respecte la hiérarchie des relations économiques et des transactions du marché (de l'art) et reste conforme à son mode capitaliste de circulation et de consommation. Néanmoins, à travers un mode de présentation qui évoque le mobilier d'exposition, Harrell produit volontairemaent de nouvelles significations pour ses objects et la boutique. Il s'attribue non seulement l'autorité du collectionneur, en ayant acquis avec passion certains de ces object, mais il endosse également le rôle de curateur qui les a sélectionnés et en a pris soin avant de les exposer. Ces déplacements se font sous la bannière du Dancer of the Year Shop, simulacre de la galerie.

À travers le processus de détermination du prix des oeuvres présentées dans Dancer of the Year Shop, Trajal Harrell sollicite des mesures quantitatives et qualitatives afin de comprendre la signification de la récompense qui lui a été décernée par le Tanz Magazine. Il souligne à quel point des objets quelconques qui ont une valeur affective et unique pour le chorégraphe et danseur sont, pour cette raison, dotés d'un capital symbolique ajouté à la valeur d'artiste. Quel que soit l'instrument de mesure, une fois que l'oeuvre est vendue, le prix final n'est-il pas déterminé par le poids de sa perte pour l'artiste ? 

Lisez ici le texte de Yasmina Reggad pour Kunstenfestivaldesarts 2019


Les heures du spectacle peuvent être décidées de commun accord.

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« La parfaite communication des émotions, jusqu'au bout des doigts, concrétise un instant de grâce. »
- Le VIF


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CREDITS

Chorégraphie, danse, musique - costumes: Trajal Harrell
Dramaturgie: Sara Jansen
Production: CauseCélèbre vzw
Coproduction: Kunstenfestivaldesarts, Festival d'Automne (Paris), Lafayette Anticipations (Paris), ImPulsTanz Festival, BIT Teatergarasjen (Bergen), Schauspielhaus Bochum, Museum Ludwig, Dampfzentrale Bern

Première: Kunstenfestivaldesarts 2019